Vivien Pertusot (La Machine à sens) : « Il y a un jour d'avant et puis il y a un jour d'après »
Devenir société à mission : Vivien Pertusot (La Machine à sens) détaille en 2022 le jour d'après, le comité de mission, le contrôle externe et la durée.
Interview de Vincent Aboyans pour le podcast Harmony Inside. Entretien enregistré à la rentrée 2022 et diffusé le 12 septembre 2022. Les chiffres et le cadre juridique cités sont ceux de septembre 2022 ; le nombre de sociétés à mission a beaucoup évolué depuis (voir l'encart en fin d'article). Écouter l'épisode
Devenir société à mission : que change le passage, une fois la raison d'être et les objectifs inscrits dans les statuts ? En septembre 2022, Vivien Pertusot, fondateur de La Machine à sens, qui collaborait alors avec Harmony Inside, décryptait chaque semaine la mission d'une entreprise dans sa newsletter, animait un podcast consacré aux entreprises à mission et accompagnait des entreprises avant et après leur passage.
Pour un comité de direction, l'entretien éclaire ce qu'il appelle « le jour d'après ». La démarche engage l'entreprise devant ses collaborateurs, ses actionnaires, ses clients et ses fournisseurs, puis devant un organisme tiers indépendant dont l'avis est public. Une bonne mission, selon lui, est « connectée à l'activité de l'entreprise, donc au business ». Et, selon lui, le chantier avance plus vite dans une entreprise qui a déjà travaillé ses valeurs et sa culture. D'où une question à se poser avant d'écrire une raison d'être : connaissez-vous la culture qu'elle devra traduire ?
La Machine à sens : décrypter une mission chaque semaine
Vincent Aboyans : Pour une fois, tu n'es pas un CEO de start-up ou de grande entreprise, même si tu as ta propre entreprise. L'idée, c'est qu'on creuse ensemble un thème qui t'est cher, l'entreprise à mission. Mais avant ça, est-ce que tu peux te présenter ?
Vivien Pertusot : Je dirais que je suis un peu monomaniaque, parce que l'entreprise à mission, c'est un peu mon sujet de prédilection. J'ai lancé il y a deux ans La Machine à sens, d'abord comme une newsletter hebdomadaire gratuite. Toutes les semaines, je prends une entreprise qui est récemment passée société à mission et je décrypte sa mission, sa raison d'être, ses objectifs. Depuis un peu plus de six mois, j'ai également un podcast 100 % entreprise à mission. Et La Machine à sens est aujourd'hui mon activité principale : j'accompagne les entreprises qui souhaitent devenir société à mission, et aussi celles qui ont déjà fait le pas et qui peuvent avoir des difficultés à piloter ou à déployer leur mission à l'intérieur de l'entreprise.
Qu'est-ce qu'une société à mission ? De la théorie de la firme à la loi Pacte
Vincent Aboyans : À l'école, on m'a appris la théorie de la firme, qui dit en gros que la mission de l'entreprise, c'est de faire du profit, et que ça s'arrête là. Alors c'est quoi, une entreprise à mission, et c'est quoi sa mission au-delà de gagner plus d'argent qu'elle n'en perd ?
Vivien Pertusot : Et l'entreprise à mission n'est pas quelque chose de totalement nouveau. Certes, c'est entré dans la loi en 2019, avec la loi Pacte. Mais c'est né après la crise financière de 2008, plutôt dans les circuits académiques, avec cette notion qu'il y avait un vrai dérèglement de l'économie, une financiarisation extrêmement forte des entreprises, où l'on cherchait à maximiser les profits des actionnaires sans s'intéresser aux impacts des entreprises. Un petit groupe de chercheurs de l'école des Mines a travaillé sur la manière de réinventer un peu le capitalisme et le rôle de l'entreprise dans la société, et chemin faisant, ça a amené à l'entreprise à mission.
Une entreprise à mission, c'est une entreprise qui se dit : le profit, j'en ai besoin, le cash, c'est l'oxygène de l'entreprise. Néanmoins, ce n'est pas la seule finalité de mon entreprise.
« Le profit, c'est essentiel pour pouvoir conduire son entreprise et mener des actions. Mais j'ai également envie de pouvoir me lever le matin et dire que la mission de mon entreprise, c'est aussi de contribuer à la résolution d'un enjeu sociétal pressant. »
Raison d'être, objectifs, gouvernance : les trois étages de la loi
Vincent Aboyans : La mission, ça peut être n'importe quoi ? Il y a autant de missions que d'entreprises. Est-ce qu'il y a des bonnes ou des mauvaises missions ?
Vivien Pertusot : Oui et non. Un peu le problème de la loi, c'est qu'elle dit finalement peu de choses. Sans rentrer dans tous les détails, il y a trois étages. Le premier consacre la responsabilité sociale d'entreprise comme un principe de gestion : c'est obligatoire maintenant pour toutes les entreprises de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités. Le deuxième étage, optionnel, c'est d'inscrire une raison d'être dans ses statuts. Ça vient donner un manteau juridique à cette notion. Et une raison d'être ne peut pas être que mes actionnaires gagnent le plus d'argent possible : il faut que ce soit en lien avec un enjeu social ou environnemental.
Le troisième étage de la fusée, optionnel aussi, c'est quand une entreprise décide de passer société à mission. Elle a une raison d'être dans ses statuts, accompagnée d'objectifs, eux aussi dans les statuts, qui viennent donner plus de corps à cette raison d'être, qui souvent se résume à une phrase. Et tu as tout un mécanisme qui change un peu la gouvernance, un mécanisme de reporting. C'est assez engageant. Donc tu ne peux pas choisir tout et n'importe quoi. Et est-ce qu'il y a des bonnes et des mauvaises missions ? Oui, très clairement.
Qu'est-ce qu'une bonne mission ? Authentique, profonde, singulière, connectée au business
Vincent Aboyans : C'est quoi, pour toi, une bonne mission, toi qui en décryptes toutes les semaines ?
Vivien Pertusot : D'abord, il faut que ce soit une démarche authentique. Ça peut paraître un peu bateau, mais la démarche d'entreprise à mission est très engageante. On décide de s'exposer vers l'intérieur, vis-à-vis de ses collaborateurs, de ses actionnaires, puisqu'il faut changer les statuts, mais également vers l'extérieur : ses clients, ses fournisseurs, ses partenaires, n'importe qui finalement.
« Si on n'est pas sincère dans sa démarche, a priori, à un moment donné, est-ce qu'il va y avoir des soucis dans la cohérence entre les propos et les actions ? »
La deuxième chose, c'est la profondeur. C'est un pilier que je trouve fondamental, et pas suffisamment pris en considération par beaucoup d'entreprises à mission aujourd'hui : ça permet de mettre l'entreprise dans une démarche d'amélioration continue, d'innovation permanente. Il faut beaucoup de profondeur dans une bonne mission pour se dire : aujourd'hui, on est à un stade A, demain on sera à un stade W. Et pour arriver à ce stade W, il y a beaucoup de transformations à mener.
Vincent Aboyans : C'est forcément aspirationnel.
Vivien Pertusot : Exactement. Le troisième élément, c'est la singularité. Je m'étais amusé à comparer deux entreprises de la restauration collective, à peu près de la même taille, sur les mêmes segments, dans des régions différentes. Même si leurs missions étaient très similaires, il y avait des petites particularités sur les mots, sur les priorités. Même dans un même secteur, on peut trouver cette singularité qui fait la force d'une bonne mission. Et le quatrième point, peut-être le plus fort, que j'aurais dû préciser : ta mission inclut ta proposition de valeur à tes clients et ta proposition de valeur à la société, les deux ensemble.
« Une bonne mission, c'est une mission qui est connectée à l'activité de l'entreprise, donc au business. »
Beaucoup d'entreprises n'ont pas forcément bien compris ça. Dans les mauvaises missions, si je puis dire, on formalise sa politique RSE, faite parfois d'à-côtés qui ne touchent pas directement à l'activité. La mission doit être en lien avec la proposition de valeur, avec l'offre, avec les produits ou les services. Sinon, ça ne marche pas, ça reste périphérique. Pour que la mission soit une boussole pour l'entreprise, il faut que cette mission soit véritablement ancrée dans sa réalité économique.
Qu'est-ce qu'un dirigeant a à gagner à devenir société à mission ?
Vincent Aboyans : La question qu'on a souvent de la part de nos clients respectifs, c'est : « Je suis chef d'entreprise, j'ai des coûts, des priorités, de la trésorerie, et en ce moment c'est compliqué. Qu'est-ce que j'ai à gagner à devenir une entreprise à mission, à part de pouvoir dire aux gens que je fais un truc bien ? »
Vivien Pertusot : C'est un vrai sujet. Le contexte est hyper volatil, et l'entreprise à mission est souvent perçue comme périphérique, pas core business. J'y vois trois bénéfices adaptés à cette situation. Le premier, c'est que ça te fait travailler sur l'entreprise d'aujourd'hui et l'entreprise de demain. En phase de crise, tu fermes un peu les écoutilles, tu penses au mois prochain et plus du tout aux cinq ans à venir. L'entreprise à mission te force à faire ce pas de côté. Ça donne un cap. Le deuxième, c'est un projet hyper fédérateur, parce qu'il est positif : c'est difficile d'être contre quand tu es collaborateur. Dans une période où il faut se serrer les coudes, on sait pourquoi on travaille, dans quelle direction l'entreprise va, et une forme de solidarité s'installe au sein des équipes. Le troisième, c'est une démarche pérenne, qui t'anime au quotidien, en continu.
On est à la rentrée 2022, on ne sait pas trop comment 2023 va être. C'est un très bon moment pour amorcer ce chantier, parce que les situations sont encore pas trop instables dans beaucoup d'entreprises.
« Il vaut mieux installer les fondations aujourd'hui plutôt que de les installer en pleine tempête. »
Vincent Aboyans : Si je reste du point de vue d'un dirigeant très rationnel : est-ce que tu as de la data pour étayer ces bénéfices ?
Vivien Pertusot : C'est un peu tôt pour parler de data. Les décrets d'application sont passés en janvier 2020. On est un peu moins de 700, je pense. On est sur un sujet de niche pour le moment, donc en termes de data, c'est plus anecdotique. D'abord, il y a plein d'exemples d'entreprises qui sont passées société à mission et qui continuent à être en croissance forte. Rien n'indique que, quand tu passes entreprise à mission, soudainement, tes marges ou tes bénéfices baissent. Mais ça reste anecdotique. Le deuxième élément, c'est la marque employeur : on entend souvent que le nombre de candidatures a explosé. J'ai fait un épisode de podcast avec Socaps, une entreprise d'assistance industrielle, qui me disait être passée en un an de 10 à 350 candidatures spontanées qualifiées. Le troisième, c'est la capacité à communiquer de manière pertinente et structurée. Par exemple Aigle, une marque historique : depuis quelques années, certes avec l'impulsion de la nouvelle directrice générale, mais depuis qu'ils sont passés entreprise à mission, ils communiquent de manière beaucoup plus ciblée et réinventent tout l'univers de leur marque autour de leur mission. Ces bénéfices, encore une fois, ça reste anecdotique, mais si on sait les utiliser, ils peuvent être très puissants pour l'entreprise.
Pour qui, et quand : faut-il devenir société à mission dès la création ?
Vincent Aboyans : Est-ce qu'il faut être Danone pour faire ça, ou est-ce que n'importe qui peut se lancer dans la démarche ?
Vivien Pertusot : Initialement, la société à mission a été pensée pour les grandes entreprises. Et aujourd'hui, la très grande majorité des entreprises passées société à mission sont des TPE et des PME. On voit même une forte accélération depuis 2021, avec des entreprises nativement à mission, dès la création. Plus l'entreprise est grosse, plus ce travail presque d'enquête sur la raison d'être peut prendre du temps. Mais c'est pour toutes les entreprises : il n'y a aucun critère de taille.
Vincent Aboyans : Est-ce que c'est intéressant de devenir société à mission by design, dès le premier employé ? Quand on est 5 ou 10, on est en train de prouver un modèle d'affaires.
Vivien Pertusot : Là, j'ai un point de vue un petit peu particulier.
« Je considère que ce n'est pas forcément une très, très bonne idée de créer son entreprise à mission. »
Quand tu es en phase de création, ton modèle d'affaires n'est pas stable. Et l'entreprise à mission, c'est un cadre, certes pas rigide, mais inscrit dans tes statuts. Pour certains, ça donne leur boussole. Pour d'autres, il faudrait rouvrir les statuts, et quand t'es en création, t'as autre chose à faire que des AG extraordinaires. Moi, je le conseille au bout de deux ans d'existence. Tu peux te mettre dès la création dans une logique d'entreprise à mission, et même rejoindre la Communauté des entreprises à mission, qui accueille aussi celles qui veulent faire le pas. Mais quand on veut passer entreprise à mission, c'est bien de pouvoir se concerter avec ses clients, ses partenaires, ses fournisseurs. En création, tu n'en as pas, et tu n'as pas de recul. D'ici deux ans, on peut avoir une mission beaucoup plus impactante, et savoir le niveau d'ambition qu'on peut se donner.
Le jour d'après : comité de mission, organisme tiers indépendant, avis public
Vincent Aboyans : Concrètement, ça implique quoi, de devenir entreprise à mission ? On peut aussi se dire : j'ai une raison d'être, et c'est bien.
Vivien Pertusot : Il y a quand même des petits changements, et c'est quelque chose que certaines entreprises oublient un peu.
« Il y a un jour d'avant et puis il y a un jour d'après. »
Le jour d'avant, c'est travailler sur sa raison d'être, ses objectifs, les inscrire dans les statuts. Le jour d'après se caractérise par deux éléments forts. Le premier, c'est la gouvernance. Pour les entreprises de plus de 50 salariés, il y a l'obligation de créer un comité de mission, avec au moins un salarié de l'entreprise. Il sert à superviser le bon déploiement de la mission et à challenger l'entreprise.
Vincent Aboyans : Avec un avis consultatif, ou contraignant ?
Vivien Pertusot : Consultatif. Mais le comité de mission est là pour bousculer un peu l'entreprise : là, vous pourriez aller plus loin ; cet objectif-là, pourquoi est-ce que vous n'avancez pas suffisamment ? C'est aussi une chambre de débat sur l'avancée de la mission. Sous 50 salariés, on peut avoir un simple référent de mission, mais la majorité de ces entreprises veulent quand même un comité, utilisé un peu comme un advisory board, avec des parties prenantes externes.
Le deuxième élément : devenir une entreprise à mission, c'est très simple. Tu changes tes statuts, et c'est marqué « société à mission » sur le Kbis ; l'entreprise garde sa forme juridique. Comme c'est simple, il faut vérifier que tout est bien fait. Cette vérification est faite par un organisme tiers indépendant, au bout de 18 mois pour les entreprises de plus de 50 salariés, de 24 mois pour les autres. Il prend les objectifs inscrits dans les statuts et demande : qu'est-ce que vous avez fait, avec quels indicateurs, quelles ressources humaines et financières ? Et il rend un avis public, mis au minimum sur le site internet de l'entreprise.
Vincent Aboyans : Et tu peux perdre la qualité de société à mission ?
Vivien Pertusot : De nouveaux actionnaires peuvent décider qu'ils n'en veulent plus, c'est possible. Mais on peut aussi te retirer la qualité. Aujourd'hui, on n'a pas d'exemple, donc tout ça reste assez théorique. N'importe quelle partie prenante peut saisir le président du tribunal de commerce pour dire que l'entreprise ne respecte pas ses engagements, et le président du tribunal peut statuer en ce sens. A priori, ça devrait se passer une fois la vérification faite, puisqu'il faut s'appuyer sur quelque chose. Il n'y a pas d'amende, mais il y a un impact réputationnel qui peut être assez fort.
Vincent Aboyans : Est-ce qu'il y a d'autres choses ?
Vivien Pertusot : Juridiquement, non. Mais le jour d'après, c'est aussi une nouvelle manière de piloter son entreprise. La raison d'être et les objectifs ne doivent pas rester théoriques : comment est-ce qu'ils impactent l'entreprise à tous les niveaux, les offres, l'innovation, les RH, la politique commerciale, la politique de rémunération, la communication ? Ça doit vraiment ruisseler à l'intérieur de l'entreprise. Il faut construire des indicateurs, et les petites entreprises n'ont pas forcément l'habitude de faire du reporting extra-financier, de créer des indicateurs de toutes pièces. Ça bouge pas mal de lignes à l'intérieur de l'entreprise.
Comment devenir société à mission : le pourquoi, la concertation, la maturation
Vincent Aboyans : J'ai une boîte. Comment je fais ?
Vivien Pertusot : C'est une bonne démarche de vouloir se faire accompagner : plusieurs entreprises m'ont dit qu'elles regrettaient de ne pas s'être fait accompagner. C'est très structurant, et il faut que ça soit utile à l'entreprise.
« Si tu passes entreprise à mission et qu'en fait, rien ne change, ça veut dire que tu n'as pas fait le boulot comme il faut. »
La première chose que je demande, c'est : pourquoi vous voulez passer entreprise à mission ? Si la raison n'est pas très claire, il faut la travailler, sinon, pendant tout le projet, il va y avoir une espèce de flou sur l'intérêt de la démarche.
Ensuite, c'est beaucoup de concertation. À l'intérieur : des entretiens avec les dirigeants, parfois les actionnaires, des collaborateurs clés, et des ateliers de co-construction pour faire émerger des idées fortes. Mais il faut aller à l'extérieur aussi, puisqu'on s'expose à l'extérieur : des entretiens avec des clients, des fournisseurs, des partenaires, qui ont un regard un peu détaché mais généralement plutôt bienveillant. Peu d'entreprises ont ce type de relations non commerciales avec ces parties prenantes.
Puis on identifie les thèmes forts qui pourraient constituer le cœur de la raison d'être et des objectifs, et vient un travail de rédaction très itératif. C'est écrit dans les statuts : il faut que ce soit impactant et qu'on ait envie de le citer tous les jours, même quand on voit un client, un candidat. Et ensuite, il faut un temps de maturation : laisser vivre la raison d'être et les objectifs avant de les ancrer dans les statuts. Peut-être que la confrontation avec la réalité montrera que tel objectif est trop ambitieux, et qu'il faut faire des ajustements avant de faire voter les nouveaux statuts en AG.
Devenir société à mission : combien ça coûte et combien de temps ça prend
Vincent Aboyans : Combien de temps ça prend, et est-ce que ça coûte cher de passer entreprise à mission ?
Vivien Pertusot : Techniquement, ça ne coûte vraiment pas cher : le seul coût réel, non caché, c'est la modification des statuts. Après, il y a des coûts cachés : l'accompagnement par un ou des consultants, des coûts juridiques si on fait appel à son avocat. Ça dépend beaucoup de la taille de l'entreprise. En aval, ça dépend des actions que tu mènes, et ça coûte du temps humain. Ce sont des coûts d'investissement, qui servent la mission, l'entreprise et le business in fine.
Pour le temps, ça dépend d'abord de la maturité de l'entreprise.
« Une entreprise qui a déjà beaucoup travaillé sur ses valeurs, sa culture, sa proposition de valeur, etc., elle aura déjà un terreau hyper fertile qui permettra d'aller beaucoup plus vite sur l'entreprise à mission. »
La raison d'être aura presque été travaillée naturellement, sans être forcément formalisée. Inversement, si une entreprise n'a pas fait ce travail-là, il y a tout un travail introspectif à faire, et ça peut prendre beaucoup de temps. Ensuite, ça dépend de la taille : plus l'entreprise est petite, plus ça va vite, il y a moins de personnes à interroger. En moins de six mois, avec la phase de maturation pour tester la théorie sur le terrain, c'est vraiment très compliqué. Certains me disent que ça leur a pris 18 mois, parce que ça a ouvert plein de chantiers. Je dirais en gros entre 6 et 18 mois, mais c'est très variable ; la moyenne, c'est souvent autour de 8 à 12 mois pour faire le travail comme il faut. On peut bâcler le truc, mais ça ne sert à rien.
Le conseil de Vivien Pertusot à un dirigeant qui hésite
Vincent Aboyans : Quel conseil donnerais-tu à un dirigeant qui hésite à se lancer ?
Vivien Pertusot : À partir du moment où il se pose la question, il faut qu'il s'intéresse au sujet. Quand on est dirigeant et qu'on se dit que la finalité de son entreprise ne se limite pas à faire du profit et à créer de l'emploi, ça veut dire qu'on a peut-être envie d'autre chose. L'entreprise à mission est un cadre qui peut, pour certains, redonner cette fibre entrepreneuriale. S'intéresser, c'est lire, suivre des formations, mais c'est aussi rencontrer d'autres dirigeants d'entreprises à mission : le pair à pair est toujours le meilleur moyen d'être convaincu et de franchir le pas.
Pour aller plus loin
Une raison d'être traduit une culture : encore faut-il savoir laquelle. Le Culture Scanner, un auto-diagnostic gratuit, vous aide à savoir où en est la culture vécue avant d'écrire une raison d'être.
Prêts à passer à l'action ?
Nous sommes là pour vous accompagner dans la mise en œuvre de votre projet ; contactez-nous et parlons-en !
Prendre rendez-vous