← Retour aux articlesCulture d'entreprise

    Annabelle Bignon (Maria Schools) : « C'est une boussole dans ta croissance »

    Vincent Aboyans4 nov. 202618 min de lecture

    Construire les valeurs de l'entreprise avec les équipes : en 2022, Annabelle Bignon (Maria Schools) racontait sa méthode, des verbatims au recrutement.

    Interview de Vincent Aboyans pour le podcast Harmony Inside. Entretien diffusé le 28 mars 2022. Les chiffres cités sont ceux de Maria Schools au moment de l'entretien. Écouter l'épisode

    Comment construire les valeurs de l'entreprise avec les équipes, au moment où une jeune entreprise commence à recruter ? Au moment de l'entretien, Annabelle Bignon était cofondatrice de Maria Schools, un campus d'écoles pour adultes en activité, baptisé en hommage à Maria Montessori : Lion, Maestro et Hero, et une école de la RSE annoncée pour 2022. Maria Schools était devenue entreprise à mission environ un an après sa création.

    Annabelle Bignon décrit le moment où la question des valeurs se pose. À deux ou trois, les valeurs sont « complètement implicites ». Puis l'entreprise recrute, grandit, et la question devient : « qu'est-ce qui est le ciment, le liant entre nous tous ? » Chez Maria Schools, la réponse est venue de l'équipe : ateliers, enquêtes, « plein, plein, plein de verbatims », retravaillés ensemble jusqu'à quatre valeurs.

    L'entretien montre ce que ces valeurs sont devenues ensuite : une grille de recrutement, des « actions clés » pour les clients, les intervenants et les élèves, un repère pour évaluer. Quant à la mission inscrite dans les statuts, l'invitée la présente comme « une boussole dans ta croissance ».

    Maria Schools : une école pour apprendre tout au long de la vie

    Vincent Aboyans : Merci de m'accueillir chez Maria Schools. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter, et nous expliquer le concept de Maria Schools ? Parce que Maria Schools ne ressemble pas à l'école où l'on entre après une prépa.

    Annabelle Bignon : Je suis Annabelle, la cofondatrice du campus d'écoles qui forme aux compétences de l'ère du numérique, qui s'appelle Maria Schools. On a voulu continuer à appeler ça une école, mais c'est une école qui s'adresse aux adultes, aux actifs, aux personnes qui travaillent. J'aurais pu prononcer le mot d'organisme de formation, mais qui dit formation dit un petit peu formatage, et on déteste ce mot, parce que c'est tout le contraire de ce qu'on fait. Ça s'appelle Maria Schools en hommage à Maria Montessori, parce que ce qu'on cherche à faire, c'est éduquer chaque adulte tout au long de sa vie, lui redonner confiance en lui, le rendre capable, lui donner envie d'apprendre. C'est la chose la plus importante pour nous. On est dans une ère où tout change en permanence.

    On a des écoles qui s'adressent à tous les particuliers qui cherchent à se former aux nouveaux métiers : Lion, notre école qui existe depuis 2016, Maestro, dédiée au produit et à la tech, et Hero, sur les nouvelles manières de communiquer, les nouvelles narrations, le storytelling. Et on va lancer en 2022 une école autour des problématiques de la RSE.

    Entreprise à mission dès la première année : contrainte ou boussole ?

    Vincent Aboyans : Au-delà d'être une école, vous êtes aussi une entreprise, et vous avez fait le choix de devenir une entreprise à mission dès le début du projet. Est-ce que tu peux nous raconter pourquoi, quelle est cette mission, et ce que ça apporte de plus à une entreprise qui se crée ?

    Annabelle Bignon : Dès le début… un an après, quand même. Mais oui, c'est dès le début. Pour nous, c'était assez logique de devenir entreprise à mission, à partir du moment où on était hyper clairs et conscients qu'on avait une raison d'être. On est nés avec, et on le savait : réinventer l'éducation pour permettre aux individus, aux adultes, d'être employables à vie. Être en confiance, pour nous, c'est le plus important, et c'est comme ça que tu te sens employable.

    À partir du moment où c'est ta raison d'être, ta mission, on s'est dit : on est sur un marché où il y a un besoin criant. Le facteur économique était présent, on le savait, c'était indéniable. Et on s'est dit que, de toute façon, on ne pourrait pas le décorréler de cette mission, qui est celle du progrès humain. D'où le fait d'avoir voulu l'écrire et l'inscrire dans nos statuts le plus vite possible, pour aussi s'assurer que, quand tu grandis, tu ne pars jamais de ta mission initiale.

    Vincent Aboyans : Je suis très aligné avec ce concept, mais si je me fais un peu l'avocat du diable : avoir une raison d'être, c'est très inspirant, très énergisant, tu peux la décliner, la mettre en action, mais tu n'as pas d'obligation concrète. Quand tu deviens entreprise à mission, il y a quand même un certain paquet de contraintes : tu te fais auditer, tu choisis des indicateurs, tu as un comité de mission, un rapport de mission. Est-ce que ce n'est pas gênant de se mettre ces contraintes en plus quand on est une entreprise en création, qui a besoin d'aller vite, d'itérer, peut-être de pivoter ?

    Annabelle Bignon : Je prends ton point, mais nous, ça ne nous paraissait pas gênant. Déjà, quand tu le fais depuis le tout début, c'est beaucoup moins gênant, parce que tu as déjà tout mis en place, ça fait partie de tes critères. On est nés avec des programmes gratuits, qui permettent de faire accéder de plus en plus de personnes à cette éducation et à ces nouveaux métiers, et de prendre confiance. Donc c'était quasiment un indicateur qu'on suivait déjà : combien de personnes ont accédé à nos formations de manière gratuite ? Est-ce qu'on respecte la parité ?

    Et oui, ça t'oblige. Typiquement, pour trouver des profs dans la tech, avoir autant de profs femmes que hommes, bon courage. Et ça nous oblige. On s'est dit que ça allait être une super manière… Quand tu définis tes valeurs, c'est une boussole dans n'importe quelle tempête. Eh bien là, c'est une boussole dans ta croissance.

    « Quand tu définis tes valeurs, c'est une boussole dans n'importe quelle tempête. Eh bien là, c'est une boussole dans ta croissance. »

    Donc oui, il faut faire des rapports d'audit, oui, il faut avoir des KPI, mais tes KPI, ils sont en plus très sains pour ton business. Moi, je ne crois pas au fait que tu fais du business et que tu as une croissance durable sans avoir en tête, en tout cas dans une école, les progrès humains. Je ne vois pas comment tu peux le décorréler. Je pense que ça ne peut qu'appuyer notre développement d'entreprise, notre croissance et notre profitabilité.

    Construire les valeurs de l'entreprise avec les équipes, quand on commence à recruter

    Vincent Aboyans : Transmettre, c'est quelque chose qu'on retrouve bien dans vos valeurs. Tu en as quatre : l'humain et la rencontre avant tout ; partageons notre passion et notre curiosité ; cultivons l'excellence ; soyons audacieux et responsables. Pourquoi avoir fait le choix de formaliser ces valeurs ? Je suis le premier à prêcher qu'il faut le faire. Mais ce n'est pas toujours évident pour des entreprises encore assez jeunes, qui se disent : on est dix dans un bureau, pas besoin, on se comprend, on se connaît, les valeurs sont implicites.

    Annabelle Bignon : C'est vrai. Au début, tu es même à deux, trois. Donc là, les valeurs, c'est complètement implicite. Et elles émanent des personnes qui sont là dans le bureau : au début, les cofondatrices et les tout premiers employés. Puis, tout d'un coup, tu te mets à recruter un peu plus, tu fais des erreurs de recrutement. On se dit : qu'est-ce que j'ai fait ? Et là, tu te dis : tiens, qu'est-ce qui est le ciment, le liant entre nous tous ? Si jamais on pouvait commencer à se dire : qu'est-ce qui nous définit ? Qui on est ? Pour moi, ça a été beaucoup ça : on commence à recruter, on commence à grandir ; si on veut garder notre boussole, si on faisait le travail ?

    « Qu'est-ce qui est le ciment, le liant entre nous tous ? Si jamais on pouvait commencer à se dire : qu'est-ce qui nous définit ? Qui on est ? »

    Ce qu'on a voulu faire pour ce travail sur les valeurs, c'est se dire qu'il faut surtout que ça émane de l'entreprise. Du coup, on a fait des ateliers. On l'a fait dans le cadre de notre team meeting, et on l'a refait après un séminaire. On a fait aussi plein d'enquêtes : pour vous, si tu dois définir les trois caractéristiques de c'est quoi travailler ici, c'est quoi quand on s'amuse ici… On a posé plein de questions comme ça, qui nous ont fait sortir plein, plein, plein de verbatims, et qui nous ont permis de commencer à formuler.

    Ensuite, on a retravaillé avec les équipes les formulations qu'on avait réussi à avoir grâce à tout le monde : quelles sont les quatre grandes valeurs, ou les trois ? D'ailleurs, au début, on s'était dit qu'il n'y en aurait que trois. Et puis on a bien vu qu'il y en avait quatre qui ressortaient à fond chez tout le monde.

    Ce qu'on pense sincèrement ici, et c'est une de nos autres convictions, c'est que tu ne peux jamais être aussi bien dans ton job que quand on te demande d'être qui tu es. Nous, ce qu'on veut, c'est que la singularité de chacun s'exprime. Et quand tu as défini des valeurs avec les personnes qui sont là, qui se reconnaissent dans ces valeurs et les vivent, elles peuvent exprimer leur singularité, être elles-mêmes, faire des erreurs, tenter des choses, apporter de la créativité. C'est exactement ça qu'on a cherché à faire.

    Et pour les personnes qui rejoignent, ce qui est génial, c'est que c'est un indicateur énorme et une boussole pendant les recrutements. Ça te permet d'être meilleur. Je ne dis pas que c'est parfait du tout, mais en tout cas, ça te permet d'être meilleur en recrutement, de toujours, toujours, toujours afficher tes valeurs, de tester sur tes valeurs et de voir si la personne les partage.

    Comment vérifier les valeurs d'un candidat en entretien

    Vincent Aboyans : Tu parlais d'erreurs de recrutement. Effectivement, tu ne peux pas faire zéro erreur. Tout ce que tu peux faire, c'est te dérisquer au maximum, et les valeurs sont justement une magnifique boussole pour ça. Concrètement, comment tu fais pour vérifier l'adéquation aux valeurs ? C'est une question que j'ai souvent : je ne vais pas demander au candidat « est-ce que tu cultives l'excellence ? », parce qu'il va me dire oui.

    Annabelle Bignon : On a « Human Before All », l'humain avant tout, la rencontre, qui est vraiment au cœur de tout. Là, ça se vérifie hyper facilement : tu vas demander des exemples à la personne, et tu vas voir aussi quand elle arrive ici. On fait toujours visiter les lieux. Est-ce qu'elle dit bien bonjour à tout le monde ? Est-ce qu'elle va parler exactement pareil quand tu vas lui présenter un tel qui est soit stagiaire, soit la cofondatrice ? Tout ça, ce sont des choses que tu peux regarder et qui se voient assez vite.

    « Est-ce qu'elle va parler exactement pareil quand tu vas lui présenter un tel qui est soit stagiaire, soit la cofondatrice ? »

    On a aussi des questions qu'on a définies pour pouvoir mesurer. Est-ce que la personne est capable de donner des exemples ? Par exemple, partager sa curiosité, partager ses passions : ça, tu vas le demander à la personne. On a défini une série de questions pour voir ça, qui ne sont pas hyper compliquées, un peu comme des questions d'entretien. Et là, tu peux voir comment la personne se situe. Après, tu n'es pas obligé de cocher toutes les cases de toutes les valeurs. Mais tu vois là où, quand elle répond, elle se retrouve dedans, et là où un peu moins.

    C'est un travail qu'on avait fait avec la personne en charge du People and Culture, qui nous aide dans tout ce travail d'entreprise à mission, et qui nous aide aussi à garder la boussole au bon endroit.

    Des valeurs qui rayonnent vers les clients, les profs et les élèves

    Vincent Aboyans : Ces valeurs, cette résonance que tu cherches chez les candidats, est-ce que c'est quelque chose que tu vas chercher aussi chez les clients de Maria ?

    Annabelle Bignon : On essaie le plus possible. En fait, c'est plutôt notre manière d'être avec les clients, notre manière d'être avec les élèves. C'est assez marrant : au tout début, pour définir nos valeurs, tout le monde a aussi regardé la manière dont on était avec nos élèves. Et on a commencé à voir, typiquement, l'entraide. On a pas mal de rituels à l'intérieur de Maria Schools qui viennent de là : tout le monde aide tout le temps.

    Et pour revenir à ta question des clients : quand on a défini nos valeurs, on s'est aussi dit : maintenant qu'on a ces valeurs, qu'est-ce que ça veut dire concrètement quand je parle à mes profs ? C'est quoi les actions clés ? Quand je parle aux élèves, c'est quoi mes actions clés ? Et quand je parle à mes clients ? Pour que tes valeurs rayonnent aussi à l'extérieur. C'est aussi important.

    Vincent Aboyans : Ce sont deux faces d'une même pièce.

    Annabelle Bignon : Exactement. Quand on dit « Human Before All », ça vaut pour notre équipe, pour nos élèves, et aussi pour tes clients, pour tes profs, pour tous tes prestataires. Quand on dit « Share passion and curiosity », on est à chaque fois les premiers à envoyer : « tu devrais regarder telle ressource », « tiens, je t'en avais parlé ». C'est une manière de faire, avec ces trois catégories de personnes avec lesquelles on interagit tous les jours.

    Nouveaux managers : donner confiance et permettre l'erreur

    Vincent Aboyans : Si on parle de toi là-dedans : tu es cofondatrice, et ta posture va se transformer avec la croissance. Il y a aussi des gens dans tes équipes qui ne sont pas managers aujourd'hui, et qui vont être amenés à recruter, à apprendre à manager. Quels apprentissages as-tu tirés de ton parcours de cofondatrice, que tu essaies de transmettre à ceux qui vont devenir managers ? Qu'est-ce que tu leur dis ?

    Annabelle Bignon : C'est tout le challenge, pour de vrai. Comment tu peux continuer à te déployer, faire que toute l'équipe se déploie, apporter des process sans tuer la créativité, apporter des outils sans prendre le pas sur la stratégie ? Ce que j'essaie de transmettre, mais je suis aussi dans l'apprentissage permanent, c'est de ne pas avoir peur. Je pense que ce qui bloque beaucoup, c'est la peur : « Oh là là, attends, je n'ai jamais managé. Ça, je ne l'ai jamais fait. » Ah bah oui, mais on n'a tous jamais rien fait, et on va le faire, et ça va bien se passer.

    Donc donner confiance, parce que la confiance, pour moi, elle te fait bouger des murs. Permettre l'erreur, parce que si tu ne permets pas l'erreur, il ne se passe rien, surtout dans un monde de croissance. Mais permettre l'erreur, c'est aussi se dire que ça fait partie de la croissance, et ne pas en faire tout un plat.

    Vincent Aboyans : Pas deux fois la même erreur.

    Annabelle Bignon : Évidemment, ça, pour moi, c'est quelque chose d'hyper important.

    Faire confiance sans laisser seul : trouver le juste équilibre

    Vincent Aboyans : Je reviens sur la peur et la confiance. Il y a toujours un danger : dire « je te fais confiance, vas-y, fais », et laisser faire. Je vois beaucoup de gens qui managent par la confiance, qui te disent « je te fais toute confiance, débrouille-toi », et qui n'accompagnent pas. Est-ce que c'est un écueil que tu as eu ?

    Annabelle Bignon : Si, je pense que, pour de vrai, je l'ai parfois eu, parce que tu te dis : ça va aller. Mais non, tu ne tombes pas là-dedans, parce que tu fais des points très réguliers avec la personne. Tu ne peux pas mettre la personne en haut de la montagne et la laisser là.

    Vincent Aboyans : Saute dans l'eau, et apprends à nager.

    Annabelle Bignon : Exactement. Tu vas quand même être là pour lui dire : mets les bras comme ça, fais comme ça. En revanche, si tu la laisses ne rien faire, il ne se passe rien. Donc c'est un juste équilibre. Et pour moi, ce juste équilibre, tu le trouves en étant avec la personne dans les moments difficiles. Le moment où il y a un client qui n'est pas content : tu y vas, tu vas sur le terrain avec elle, tu te retrousses les manches. Le moment où il y a un nouvel outil qu'il faut un peu craquer, où personne n'y comprend rien : tu te mets sur le terrain, tu montres que tu es là et que la personne n'est pas toute seule.

    En revanche, de temps en temps, c'est important de laisser la personne. On lançait pour la première fois notre bootcamp pour former au no-code chez Maestro, un bootcamp de quatre semaines. Une personne de l'équipe avait travaillé comme une dingue pour créer ce programme, et elle avait tout construit. On organisait chez nous un événement avec les experts du no-code, et une table ronde. Je devais faire cette table ronde, présenter notre vision du no-code, de la professionnalisation. Et là, je ne pouvais pas être là. Je lui dis : de toute façon, c'est ton sujet, je ne vois même pas pourquoi ça aurait dû être moi. Elle l'a fait, ça s'est hyper bien passé, et elle était hyper fière. Et moi, je me suis dit : tu vois, c'était une erreur de management de ma part de m'être dit que j'allais le faire.

    Vincent Aboyans : Je trouve souvent que, quand tu es cofondateur, une partie de ton rôle, c'est d'aller représenter la boîte à l'extérieur.

    Annabelle Bignon : Oui, c'est d'aller représenter. Mais pour de vrai, quand c'est ton sujet, c'est ton truc, tu y vas, et c'est comme ça que tu apprends et que tu prends confiance. Ça a été un bon apprentissage de où mettre le curseur. Et je ne l'ai absolument pas laissée y aller toute seule comme ça : on a fait des répètes, je lui ai posé toutes les questions un peu pièges qu'on aurait pu lui poser. On l'a fait deux, trois fois. Ça s'est bien passé.

    Autre exemple : la formation Lion du samedi. Et la personne qui fait le discours d'entrée, ce ne sera jamais ni moi ni Agnès, ma cofondatrice : ce sera toujours la personne en charge de cette formation. Cette personne est très souvent très junior. Elle se retrouve à faire un discours devant 100 personnes, pour la formation qui est l'ADN de l'école Lion. Cette personne, je peux te jurer qu'elle a très peur. On lui fait une formation en prise de parole. On lui fait, en plus, réciter son discours devant tout le monde 18 fois. Et le jour J, toute la boîte est là pour soutenir cette personne et l'écouter.

    Il y a un peu un côté épreuve du feu. Mais le feu, il existe souvent beaucoup dans ta tête. Le risque, dans les faits, est très faible. Même si la personne bafouille, même si elle oublie une partie de son discours, déjà, personne ne le sait. Et au pire, il ne se passe rien.

    « Il y a un peu un côté épreuve du feu. Mais le feu, il existe souvent beaucoup dans ta tête. »

    Le conseil d'Annabelle Bignon au dirigeant qui hésite à travailler sa culture

    Vincent Aboyans : Dernière question, la question traditionnelle de fin de podcast : quel serait ton conseil pour un dirigeant qui hésite à prendre le temps de travailler sur sa culture d'entreprise ?

    Annabelle Bignon : Mon conseil, ce serait de lui dire que parfois, tout va bien. Un entrepreneur le sait : tu as des journées parfaites, tu as des journées catastrophiques, et le lendemain, tu as à nouveau une journée géniale. Et finalement, ta force d'entrepreneur, c'est ton équipe. C'est vraiment hyper humain. Peut-être que quand tu as dépassé mille personnes, un peu moins. Mais là, on réfléchit à définir ces valeurs dès le début.

    Vincent Aboyans : J'espère qu'on n'attend pas mille personnes pour définir des valeurs.

    Annabelle Bignon : Exactement. C'est tellement humain comme aventure que ce qui va lier tout le monde, c'est ça. Finalement, une culture et des valeurs, c'est tout ce que tu fais. J'avais bien aimé la définition de quelqu'un qui disait : c'est tout ce que font tous tes collaborateurs quand tu ne les regardes pas. Il faut un peu s'interroger là-dessus. Quand tu ne regardes pas, quand tu n'es pas là, qu'est-ce qui va se passer ? Quand tu vas peut-être devoir aller sur le front ailleurs et moins regarder, qu'est-ce qui va lier les gens, et qu'est-ce qui va faire que, dans la tempête, ils resteront droits dans leurs bottes ? Pour moi, ça, c'est à penser directement.

    Et au-delà de ce conseil, ça change la vie sur les recrutements, les évaluations. Quand tu évalues les personnes, toujours la boussole, les valeurs : tu peux regarder concrètement, sur cette valeur, quelles sont les actions menées qui peuvent s'y rapporter. Ça te permet vraiment de mener l'entreprise là où tu as envie de la mener, parce que tes valeurs émanent de ta mission, de là où tu as envie d'aller. C'est hyper important aussi dans ta gestion des ressources humaines. Comme l'entreprise, c'est un corps humain, c'est fondamental.

    Pour aller plus loin

    Vos valeurs écrites correspondent-elles à ce que vivent vos équipes ? Le Culture Scanner, un auto-diagnostic gratuit, aide à vérifier ce que vos équipes vivent par rapport aux valeurs écrites.

    Prêts à passer à l'action ?

    Nous sommes là pour vous accompagner dans la mise en œuvre de votre projet ; contactez-nous et parlons-en !

    Prendre rendez-vous